mercredi 16 décembre 2009

Histoire d'un échec annoncé - Part 5

- "C'est carrément un Flic à la Maternelle !" - 

Et alors que nous pondons une nouvelle version de notre texte, une chose terrible se produit. Une chose terrifiante. Quelque chose que Lovecraft décrirait comme "indicible".

Le dir de coll nous appelle.

"Salut ! Je voulais savoir où vous en étiez sur les textes ?"

Soudain, c'est le vide. Le monde autour de nous s'effrite. David et moi on se regarde. Que dire ?

Solution numéro 1 : L'envoyer chier ?
On lui doit rien à se type. On lui doit QUE DALLE ! On a pas un contrat, pas un memo-deal, on a RIEN ! Alors il raccroche et il attend sagement qu'on lui amène le texte... SI ON VEUT ! SI... ON... VEUT !

Solution numéro 2 : Le faire chanter ?

Peut-être que si on avait un papier à signer... un contrat... l'assurance d'avoir sous les bras une option... Peut-être qu'on irait UN PEU plus vite. Peut-être. Je dis bien peut-être...

Solution numéro 3 : Faire le type glacial ?
Oui. Ecoute, on travaille dessus. Pour nous ce n'est pas une priorité même si le projet, nous, on l'adore.

Solution numéro 4 : Lui lécher les bottes ?
Mais on arrive. On était justement en train de discuter. On veut te rendre le meilleur texte possible pour que tu  puisses être fier de nous et qu'on puisse avoir une chance de, peut-être, passer sous le bureau !

En temps normal, je pense que j'aurais pris la solution numéro 4. David aurait plutôt fait pareil même s'il est du genre à pas se laisser faire.
Mais ensemble, on a fait la solution numéro 3.

Bon, c'est super héroïque mais c'est tout de même un peu plus classe que les autres solutions.

A suivre

Anthony Schwarzennegger

mardi 15 décembre 2009

Histoire d'un échec annoncé - Part 4

- "Et si... et si... et si Charlie était en fait un espion ? Hein ? Hein ? Un espion !" -

"Familial" sur les bras, nous nous remettons à plancher dessus avec David. Je serais de curieux d'avoir son réel ressenti sur la question mais j'ai le sentiment que petit à petit notre idée de départ fine comme du papier avait été percuté par le modèle que le dir de coll nous a mis sous les yeux : "Madame est servie".

(oui, je sais, drôle de modèle, mais après ça tombe sous le coude du secret professionnel)

On se remet à écrire, post-it et compagnie. Un dimanche entier plus tard et on aboutit à un truc difforme et affligeant, patchwork d'intrigues, de personnages et de séquences gardées ou recommencées.
Cette étape, je l'appelle la paëlla. Non seulement ça a une sale gueule, mais ça pue, malgré le fait qu'on y ait mis des trucs plutôt bons pris séparément. Une bonne idée que de mettre du riz et du poulet, revenu dans des épices. C'est bon les fruits de mer. Mais tout mélangé, c'est juste pas possible.

(un immense désolé aux amateurs de paëlla... mais quand on mange un truc pareil, on assume !)

Cette étape est donc un moment bâtard, où le texte est né de copier-collés incessants, de réécritures rapides et de prises de tête sur les nouvelles séquences.

On avance avec David. On avance quand même jusqu'au jour où se rend compte que "Chroniques" avance bien, est même terminé mais que "Familial" fait non pas du surplace, mais de la marche arrière. Il faut revenir aux bases.

Approchez-vous, c'est l'heure du bon petit conseil de Toto : quand vous êtes perdu sur un texte, vous n'allez pas pouvoir enlever chaque morceau de coquille de moule ou chaque coquille. Il va falloir tout jeter et recommencer à zéro.
On s'est demandé avec David : quel personnage principal ? Quels traits ? Quels objectifs ?
On s'est dit : mais pourquoi fait-il tout ça ? Quelle histoire ? Quels personnages secondaires.

On a tout remis à plat, on a tout jeté et on a tout recommencé parce que c'est la seule façon de faire ! Seuls les maniaco-depressifs peuvent trier une paëlla, seuls les fous peuvent imaginer qu'en rajoutant des épices et encore un peu de poulet, ça va régler le problème. Ca ne fait qu'empirer messieurs-dames !

Alors on a déconné avec David. On s'est bien marré. Et vas-y que je te vire tout sur le mur, qu'on recommence avec des post-it neufs et vierges de toute paëlla.

A suivre.

Anthony, l'homme-carie

lundi 14 décembre 2009

Histoire d'un échec annoncé - Part 3

- "Robe verte, robe verte... il a retenu que ça ?" -

Je reprends difficilement le fil de mon histoire.
Nous avons donc eu un deuxième rendez-vous pour qu'il nous fasse part de ses corrections.

Vous vous rappelez du billet sur la robe verte ? C'est maintenant qu'il faut le lire ce billet. Maintenant que ce détail va ressurgir.

Sur le projet "Chroniques", le dir de coll est atteint d'une terrible maladie : la pitchose rémanente (bien différente de la pitchite aiguë). C'est à dire que tu lui as pitché une idée, un projet, une histoire et que lui n'en a retenu que trois ou quatre mots. Toi tu rentres chez toi, content d'avoir été écouté. Lui continues à renacler les bribes qu'il a assimilé et commence à se faire sa propre histoire.
Au lieu de franchement dire : donc ton histoire c'est X, Y et Z, il continue à te faire croire qu'il a adoré de A à Z. Donc forcément quand tu lui donnes à lire ton synopsis... il y a des choses qui viennent "parasiter" pour lui l'histoire qu'il s'était imaginé.

Les enfants, venez... plus près. Apprenez donc une chose : on ne vend pas son histoire à un producteur, on lui donne les moyens d'écrire ce qu'il a en tête. Je généralise, j'exagère, mais vous avez compris le mouvement.

"Chroniques" lui a plu, c'est indéniable. On sait écrire, c'est clair. On est doué, y'a pas de doutes. Mais il manque des choses qu'il avait entendu au pitch, des mots qui avaient sonnés dans ses oreilles. On a du dire "les enfants", il a compris que ça seraient eux les personnages principaux.

Il faut dire que ses remarques étaient loin d'être idiotes. De toutes façons, même des remarques idiotes (comme la robe verte) mettent sur la voie de bonnes idées.

Quant à l'autre... "Familial" était trop intellectuel, trop réfléchi. Ca manquait de comédie, on ne croyait pas à certaines ficelles, trop évidentes, trop claires.
Petit à petit on sentait que si le "Chroniques" prenait forme, notre autre projet nous glissait des mains. On sentait mais on ne s'en rendait pas compte. On sentait mal comment insérer dans notre idée de départ - idée de départ qui tenait à pas grand chose, mais il fallu qu'on s'en rende compte.

A suivre...

Anthony, l'-émail-diamant

vendredi 11 décembre 2009

Histoire d'un échec annoncé - Part 2

 -- Une bonne idée c'est avant tout... connaître les bonnes personnes -- 

David et moi nous sortons de la réunion avec... je dirais pas des étoiles pleins les yeux mais j'ai plutôt envie de dire un mix étrange. Un mix étrange, comme si on avait mélangé des cacahouètes, des fruits secs et du verre pilé.

On savait qu'on mettait les pieds sur une piste glissante et dangereuse où moult dangers nous attendaient. Mais bon. A 25,677777 ans de moyenne, on pensait que ça pouvait être une chance. Alors on a dit "banco".

L'écriture des deux projets s'est faite très rapidement. D'un côté, nous avons fait **seulement** entre 5 et 6 pages. Deux dimanches, quelques heures le soir. Rien de bien méchant, plutôt de bons moments avec les post-it et notre meilleur ami à tous Word (ou son petit frère de l'époque, open-office).

Pour Chroniques, nous nous sommes concentrés sur la structure, plutôt complexe et casse-gueule.
Pour Familal, nous nous sommes un peu cassés les dents sur le démarrage de l'histoire, mais rien de bien gênant à l'époque... Que nous croyons !

Donc envoi des textes à notre ami producteur et retour très rapide au téléphone. Il veut un rendez-vous, il veut qu'on en discute de vive voix, qu'on puisse avancer sur certaines choses. Il est heureux, il est content, il a envie d'aller plus loin.

Notons ici une choses... Si le lancement du projet a été clairement énoncé comme "contract-free", la suite passe sous silence. Aucun dédommagement, rien. Avec David, on se regarde, un peu gêné. Que dire ? Que faire ? Forcément, c'est déjà pas facile d'aller réclamer des sous à des gens que tu as une fois par siècle au téléphone ou que tu vois au détour d'une réunion dans le couloir... mais alors à un directeur littéraire qui a 5 ans de plus que toi, une bonne bouille et l'impression d'être désolé, c'est mission impossible (pour moi - les autres feront comme ils le sentent).

Nous prenons rendez-vous et c'est là que le début des emmerdes commencent...

Cela dit vous allez devoir attendre lundi pour la suite de l'histoire puisque pas d'histoire de week-end !

Anthony, l'homme de Moselle (ah ben non)

jeudi 10 décembre 2009

Histoire d'un échec annoncé - Part 1


 -- Une bonne idée c'est avant tout... beaucoup de travail -- 

Tout commence donc par un envoi de documents avec mes projets. Anodin comme geste, je le ferais et le referais encore et encore pendant des dizaines d'années ce geste.
Il le reçoit, le lit et on prend rendez-vous pour en discuter.

Lors du premier rendez-vous, je lui ai balancé deux idées, vite fait. Je vivais à l'époque alimenté en dossiers et en reportages par David. Deux idées, deux pitchs qui collent avec son envie du moment : trouver de grands films qui ont commercialement fonctionnés et les adapter à la française pour la Une.

Je reviens donc avec mon collègue David pour un nouveau rendez-vous ("Décidément, ça ne peut QUE bien se passer, quelqu'un d'aussi disponible et sympathique !"). Après une petite vingtaine de minutes de critique sur toutes mes idées d'avant - critiques plus ou moins fondées d'ailleurs - il attaque le gros morceau : le projet que j'appellerai ici Chroniques et le projet Familial.

Il adore. Il kiffe. Il trouve ça excellent. Il veut qu'on y aille, qu'on fonce, qu'on écrive, qu'on lui envoie quelque chose à lire. Là, dans deux semaines, il a un rendez-vous avec la Une voire même avec d'autres chaînes. Il faut foncer ! Bon bien sûr, il peut rien faire. C'est un synopsis, c'est quelques pages, vite fait bien fait, pour voir le contour général de l'histoire.

Maintenant, faisons une petite pause d'introspection...

Premièrement, un scénariste n'écrit jamais 2 ou 3 pages. En tout cas pas au début, pas quand il est jeune, motivé et plein de bonne volonté. Un scénariste il écrit 5 pages, il griffonne des pages entières et ensuite il a du mal à se relire. Un scénariste - je parle pas d'un bon scénariste, je parle d'un scénariste motivé - il se donne à fond quand on lui donne sa chance. Il va pas se dire : "je ferais ça quand j'ai le temps, plus tard".
Il FONCE.

Deuxièmement, tout le monde le sait. C'est une sorte d'accord tacite et secret comme lorsqu'on commence un nouveau taf. On arrive tôt, on mange vite et on finit tard. Histoire de faire bonne figure. Mais aussi histoire de montrer qu'on en a, qu'on est prêt, qu'on a les crocs !

A suivre...

Anthony, l'homme de Picardie

mercredi 9 décembre 2009

Histoire d'un échec annoncé - "Overture"

 -- Une bonne idée c'est avant tout... une bonne idée -- 

Pitcher devant un parterre de producteurs, c'est une chance.
Avoir un projet qui intéresse plusieurs boîtes de productions, c'est vraiment génial.
Être reçu par un producteur, c'est carrément super !

Se retrouver deux mois plus tard avec un truc nouveau mais pas de contrat, c'est normal.

Chose amusante - et là encore chose courante - le projet entendu lors de la séance de pitch n'est pas celui qui intéresse. C'est "le ton", "l'écriture", "la liberté", "l'univers". C'est aussi un bon contact, une après-midi dans un bureau climatisé, l'impression d'être tout proche.

Le mec en face de toi il a un Facebook, il dit avoir ton âge (mais en fait non parce qu'il se trouve qu'avec ma barbe et mes cheveux qui tombent et mon surpoids je prends 10 ans dans la gueule à chaque fois - mais ça me fait plaisir !) et te raconte qu'il a eu de la chance, de se retrouver ici avec la possibilité de faire bouger la production française de grand-mère.

Cool. Il aime certains de mes projets, il en adore même d'autres et le voilà qui te fait rougir, qui te fait plaisir.

Mais la route n'est pas aussi claire et limpide. Ce n'est que le début d'une longue histoire pleine de catastrophes ferroviaires, de soirées déprimes, de rébellions post-adolescentes et d'après-midi de travail à la lumière d'une bougie vacillante (j'habite au rez-de-chaussée).

Restez connectés pour en savoir davantage !

Anthony, l'homme sans

mardi 8 décembre 2009

Une petite musique de nuit

 -- Tu peux faire ça ! -- 

Oui, bon, d'accord.
On me fait signe en régie que j'y vais un peu fort avec le blog et que je commence à dire des trucs pas cools sur les producteurs.
C'est vrai.

Enfin pour le moment, ça va, j'ai pas non plus été abominable et insultant. Mais bon, on ne sait jamais.

J'ai dit du mal des producteurs, OK. Je m'en excuse. Il en existe des supers, des gentils, des à l'écoute, des généreux. Pour le moment j'en connais qu'une seule et elle fait du court-métrage. Pas de chance. Cette race de producteurs gentils doit exister, elle doit être là quelque part. Je n'ai pas eu le plaisir de faire sa connaissance.
De manière générale, un producteur, pour avoir le droit de porter le titre de "producteur", a du se battre, a du terrasser ses adversaires et abandonner femme(s) et enfants pour réussir.

Il doit en exister des sympas, des ouverts et des qui n'ont aucun problème de trésorerie. Ca doit exister. Je dis pas le contraire. Je ne veux pas généraliser.

A l'avenir je vais donc essayer de me calmer et me concentrer sur raconter MON expérience plus que de raconter l'expérience que vous allez tous vivre (aka la galère).
Anthony, l'homme gentil